Elle aime quitter le nid, pour s'abriter sous le manteau de la nuit.
Sortant ses jambes grêles, et ses bras frêles. Ceinture son cou, chapeaute ses cheveux d'un béret attrapé dans l'élan de sa fugue; enfile son manteau et ses talons qui la portent.
Les rues sont désertes, l'heure est trop avancée pour que les rues soient remplies.
Elle divague, flanne. Ses pas se fiancent au rythme des sons diffusés. Elle suit d'abord les trottoirs illuminés, puis s'abandonne aux mystères des rues obscurcies par la nuit.
Alors, elle s'engage, grelottant, les mains emmitouflées dans sa paire de gants, malgré le froid, elle continue. S'aventure plus loin, marche plus vite ... et finalement arrive à destination.
Elle surplombe le monde, autant que ses pensées. Alors, elle s'assoit sur son trône et attends. Elle le sait, plus personne ne la protège, ne sachant plus à qui parler elle engage ses maux, crie son bonheur, crache sa peine, déverse ses larmes sur ce trône. Hurle, frappe, tremble, pleurs, évacue.
La fenêtre ne suffisait plus. Il lui fallait le monde.
Mademoiselle Peine attend que sa montre lui signale, l'heure où elle devra courir à grandes enjambées, ou ses talons lâcheront par les coups frottés sur le sol, où sa jupe volera, où ses joues rougiront de froid, glacées par le vent qui fouette son visage. Elle sait qu'elle perdra haleine, elle n'est plus aussi solide. Elle doit arriver avant qu'on ne s'aperçoive de son absence, et de l'inoccupation de son lit. Sans bruit, comme si, au fond elle n'avait jamais quitté le nid.
Elle reprend place, quitte ses vêtements de fugueuse, s'étend et recouvre son corps encore gelé. La chaleur de son (nid) l'enferme, l'enserre,
Ses escapades nocturnes s'achèveront au moment où sa douleur prendra congé.